Dépourvus de cordes vocales, les insectes ne chantent pas, mais certains savent se faire entendre, notamment pour se reproduire et même pour s'alimenter.
C’est la BO de la nature, le son de la biodiversité qu’on peut entendre jour et nuit. Les chants des oiseaux dominent, mais les insectes ne sont pas en reste. Une expression d’abord involontaire, qui tient aux lois de la physique, à l’image des mouches. Ce qu’on entend, c'est le battement de leurs ailes, et plus la mouche est grosse, plus ses grosses ailes font du bruit, jusqu’à 500 battements par seconde.
Mais les vibrations des ailes peuvent avoir leur utilité. Chez certaines espèces d'abeilles (mais pas les abeilles domestiques), on pratique la pollinisation vibratile. Le bourdonnement fait vibrer la fleur et permet de libérer le pollen qui serait autrement inaccessible. Quelques 20 000 espèces de plantes à fleur sont principalement pollinisées de cette manière. C'est le cas notamment de la tomate. Aux États-Unis, on importe des colonies de bourdons d'Europe pour polliniser les tomates cultivées sous serre.
Des « chants » d'amourChez les moustiques, c'est le même principe que la mouche : le battement des ailes fait du bruit, et là aussi ça dépend de la taille. Si on n'entend pas de moustique, ça ne veut pas dire qu’on ne sera pas piqué. Les moustiques sont attirés par l'odeur de nos pieds, loin de nos oreilles. Les petits moustiques sont les plus discrets, comme le moustique tigre, vecteur de la dengue ou du chikungunya.
Mais le bruit que font les insectes a aussi un rôle dans la reproduction. Chez les moustiques, la femelle (celle qui pique) se signale ainsi au mâle. À l'inverse, chez les cigales, c’est seulement les mâles qu'on entend, pour attirer les femelles. Mais ce ne sont pas leurs ailes qui font du bruit. Les cigales ne chantent pas non plus, elles cymbalisent. Les cymbales sont deux membranes situées dans l'abdomen, qu'un muscle vient contracter. Ça va très vite, une centaine de mouvements par seconde, et ça peut être assourdissant : certaines espèces peuvent dépasser les 100 décibels et faire autant de bruit qu'une tondeuse à gazon – mais au moins les femelles sont prévenues...
Insecte thermomètreOn n'entend pas tout le temps les cigales, seulement au-delà de 22 ou 25°C, parce que la cigale est ectotherme (le bon terme pour qualifier les animaux à « sang-froid ») : la température du corps dépend de la température de l'air, et s'il fait trop froid, les cymbales se contractent et ne peuvent plus jouer. Voilà pourquoi, dans la fable de La Fontaine, « la cigale a[yant] chanté tout l'été ».
Chez les grillons, la température de l'environnement a aussi un impact sur leurs stridulations. Les grillons ne chantent pas, (eux non plus n’ont pas de corde vocale) mais stridulent, et ce peut être strident. Ils produisent du son en frottant leurs ailes, pour attirer les femelles, ou pour marquer leur territoire – en tout cas c'est une manière de communiquer. Et plus il fait chaud, plus ils stridulent. Les grillons peuvent ainsi servir de thermomètre. C'est la loi de Dolbear, du nom d’un physicien américain qui avait inventé une formule mathématique assez compliquée. Mais pour faire simple, il suffit de compter les stridulations pendant 8 secondes, et d'ajouter 5. Faites l’expérience. Sur l’enregistrement d’un « chant » de grillon, on a compté 23 stridulations, ce qui fait 28°C. Pas de doute, on est bien en été.