Mondialisation : le grand dérèglement
La mondialisation telle que nous la connaissions est-elle encore possible ? Dans ce 50e épisode du "Monde selon l'Ifri", Sébastien Jean, directeur associé de l'Initiative géoéconomie et géofinance de l'Ifri, décrypte les transformations profondes qui bouleversent l'ordre commercial mondial, pris en étau entre deux géants qui ont tourné le dos aux règles multilatérales.Le séisme américainEn quelques mois, les États-Unis sont passés de l'une des économies les moins protégées (3,5 % de droits de douane) à l'une des plus protégées au monde (environ 17 %), dépassant même l'IndeUne architecture commerciale inédite, à géométrie variable selon les partenaires et les secteurs, qui fait de l'imprévisibilité un instrument de négociation assuméUn abandon explicite des règles de l'OMC au profit du rapport de forceLa pression chinoiseDes excédents commerciaux records (1 200 milliards de dollars au total) alimentés par une production industrielle massivement subventionnéeUne épargne domestique réorientée vers les capacités manufacturières depuis la crise de l'immobilierUne concurrence d'une intensité inédite, y compris entre entreprises chinoises elles-mêmesLe défi européenL'Europe, puissance normative fondée sur le droit, se retrouve prise entre ces deux dynamiques sans disposer des mêmes leviersDes vulnérabilités structurelles identifiées : principes actifs médicamenteux, terres rares, souveraineté numérique et financièreUne nécessité de « mettre à jour son logiciel » : renforcer ses instruments de défense commerciale, investir dans ses filières stratégiques, préserver la cohésion de son marché uniqueNB : Le 20 février 2026, la Cour suprême des États-Unis a jugé inconstitutionnels une large partie des droits de douane imposés par l'administration Trump, estimant qu'ils ne pouvaient être instaurés sur le seul fondement de la loi d'urgence économique (IEEPA). En réponse, Donald Trump a annoncé l'instauration d'un tarif mondial uniforme de 15 %, ouvrant une nouvelle séquence d'incertitude commerciale.Suivez l'Ifri sur http://www.ifri.org et sur les réseaux sociaux :• Podcast "Le monde selon l'Ifri" : https://www.ifri.org/fr/podcast-monde-selon-lifri• X : http://twitter.com/IFRI_• LinkedIn : http://www.linkedin.com/company/ifri• SoundCloud : https://soundcloud.com/ifri• Instagram : https://www.instagram.com/ifri_paris• Facebook : http://www.facebook.com/Ifri.ParisHébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Psychologie et désir dans les relations internationales
Dans cet entretien, Thomas Gomart, directeur de l'Ifri, présente les thèses de son ouvrage Qui contrôle qui ? Les nouveaux rapports de force mondiaux paru aux éditions Tallandier et défend une approche renouvelée de l'analyse géopolitique.Réincarner l'analyse des rapports de forceS'inscrivant dans la lignée d'historiens comme Pierre Renouvin et Jean-Baptiste Duroselle, Thomas Gomart plaide pour une réintégration de la psychologie des dirigeants dans la compréhension des relations internationales. La stratégie, conçue comme une dialectique des volontés, ne peut se passer de cette dimension humaine. L'auteur privilégie ainsi l'étude de la relation Xi Jinping-Narendra Modi pour illustrer le déplacement du centre de gravité de la mondialisation vers l'Asie.Les États-Unis : vers une forme de kleptocratieThomas Gomart porte un regard critique sur l'évolution du système politique américain sous l'administration Trump, qu'il qualifie de kleptocratie caractérisée par un fonctionnement clanique et l'instrumentalisation de l'appareil d'État à des fins d'enrichissement personnel. Il forge le concept de « Doctrine Don-roe » pour décrire une reconfiguration des alliances où la protection américaine devient conditionnelle et monnayable.L'Europe face à un triple retardSelon le directeur de l'Ifri, l'Union européenne accuse un retard structurel sur trois plans :Commercial et industriel : persistance d'une approche multilatérale alors que ses concurrents pratiquent un nationalisme économique assumé.Militaire : sous-estimation de la transformation de la guerre révélée par le conflit ukrainien et retard technologique.Cognitif et numérique : incompréhension des nouveaux espaces de manœuvre créés par la fusion des sphères médiatique, diplomatique et numériqueLe triptyque : Guerre, Commerce et DésirL'ouvrage s'articule autour de trois dimensions inspirées par Benjamin Constant. Au-delà de la guerre et du commerce, Thomas Gomart souligne l'importance du désir, la capacité à formuler une vision du monde et un horizon politique. Cette dimension immatérielle distingue certains dirigeants (Poutine, Xi Jinping, Modi) et fait défaut à l'Europe. L'opposition entre le GIEC et Fox News illustre la tension contemporaine entre discours scientifique et narratifs médiatiques dans la construction du réel.Silicon Valley et Vatican : deux visions du mondeL'entretien aborde également la montée en puissance de la pensée géopolitique de la Silicon Valley, portée par des figures comme Peter Thiel et Elon Musk. Ces derniers développent une vision post-démocratique mêlant suprématie technologique et références à un catholicisme identitaire. Face à cette influence, le Pape François incarnait une opposition institutionnelle forte, s'appuyant sur le dynamisme du catholicisme du Sud global.Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
L'Allemagne leader de l'Europe : une ambition contrariée
Comment l'Allemagne de Friedrich Merz pilote-t-elle sa politique européenne ? Dans ce 48e épisode du podcast « Le monde selon l'Ifri », Marc Hecker, directeur exécutif de l'Ifri, reçoit Jeanette Süß, chercheuse au Comité d'études des relations franco-allemandes de l'Ifri et auteure de l'étude « La fabrique de la politique européenne de l'Allemagne ».Ensemble, ils lèvent le voile sur un phénomène méconnu mais crucial : le « German vote », ce blocage qui paralyse régulièrement Bruxelles.Jeanette Süß décrypte les rouages internes de la machine allemande : comment le manque de coordination entre ministères transforme-t-il Berlin en frein involontaire ? Pourquoi l'Allemagne et la France peinent-elles à s'aligner sur des dossiers majeurs comme le Mercosur ou la défense européenne ? Et dans quelle mesure la culture de coalition et l'autonomie ministérielle limitent-elles les ambitions affichées d'un leadership plus assumé ?Au-delà du diagnostic, cet échange pointe une urgence : sans un rapprochement plus étroit entre Paris et Berlin, l'Union européenne risque de voir sa compétitivité et sa souveraineté s'affaiblir. Un constat sans appel sur les défis de l'intégration européenne à l'ère Merz.Suivez l'Ifri sur http://www.ifri.org et sur les réseaux sociaux : • Podcast "Le monde selon l'Ifri" : https://www.ifri.org/fr/podcast-monde-selon-lifri• X : http://twitter.com/IFRI_• LinkedIn : http://www.linkedin.com/company/ifri• SoundCloud : https://soundcloud.com/ifri• Instagram : https://www.instagram.com/ifri_paris• Facebook : http://www.facebook.com/Ifri.ParisHébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
La nouvelle course à l'espace : de l'idéologie à la puissance
Épisode 47 du podcast "Le monde selon l'Ifri"Avec Paul Wohrer, chercheur au Centre géopolitique des technologies de l'Ifri et responsable du Programme espace, et auteur d'une récente étude pour l'Ifri : "Les narratifs spatiaux : Enjeux stratégiques et perspective européenne". L'espace connaît une transformation radicale : nous sommes passés d'une phase d'exploration à une véritable industrialisation de l'orbite. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : en 2025, la Chine a réalisé 91 lancements et les États-Unis 79, contre seulement une centaine à l'échelle mondiale il y a cinq ans. Le volume de satellites est passé de 500 en 2019 à plus de 4 500 en 2025, avec Starlink qui représente désormais 66 % des satellites en activité.Des narratifs au service des ambitionsChaque grande puissance spatiale mobilise des récits stratégiques pour justifier ses ambitions. Les États-Unis invoquent leur "Destinée manifeste" – Trump a récemment réaffirmé que c'était la destinée des États-Unis d'aller sur Mars. La Russie s'appuie sur le "Cosmisme", désormais teinté d'une dimension militariste. La Chine inscrit son "Rêve spatial" dans le grand rajeunissement de la nation, visant à devenir la puissance technologique dominante d'ici 2049. L'Europe, elle, tente de se forger une identité politique à travers la coopération technique et l'autonomie stratégique.Nouveaux terrains de confrontationLa base de Pituffik au Groenland est devenue un point névralgique pour la Space Force américaine. La course à la Lune oppose désormais directement le programme Artemis aux programmes chinois, avec l'objectif américain d'y retourner en 2028. L'Europe se trouve prise dans une "tenaille stratégique" : entre une Russie adversaire, une Chine en découplage quasi total, et des États-Unis qui sont à la fois partenaire historique et concurrent économique féroce via SpaceX.L'impératif d'autonomie européenneFace à cette nouvelle donne, l'Europe mise sur deux piliers : le succès d'Ariane 6, qui après cinq lancements parfaits prévoit d'utiliser sa version la plus puissante début 2026, et le programme IRIS², une constellation de communication sécurisée pour ne plus dépendre entièrement d'infrastructures comme Starlink.🎧 Écoutez l'épisode complet pour découvrir les enjeux géopolitiques de cette nouvelle ère spatiale.Suivez l'Ifri sur http://www.ifri.org et sur les réseaux sociaux : • Podcast "Le monde selon l'Ifri" : https://www.ifri.org/fr/podcast-monde-selon-lifri• X : http://twitter.com/IFRI_• LinkedIn : http://www.linkedin.com/company/ifri• SoundCloud : https://soundcloud.com/ifri• Instagram : https://www.instagram.com/ifri_paris• Facebook : http://www.facebook.com/Ifri.ParisHébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Les nouvelles puissances diplomatiques du Golfe
Épisode 46 du podcast « Le monde selon l'Ifri »Présenté par Marc Hecker, directeur exécutif de l'IfriInvitée : Camille Lons, directrice adjointe du bureau de Paris de l'European Council on Foreign Relations (ECFR) et auteure de l'article « La nouvelle stature diplomatique des pays du Golfe » publié dans le dernier numéro de la revue de l'Ifri, Politique étrangère.En quinze ans, les pays du Golfe ont bouleversé leur positionnement géopolitique. Longtemps cantonnés au rôle de géants pétroliers discrets sur la scène internationale, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Qatar se sont métamorphosés en acteurs diplomatiques incontournables, capables d'influencer les dossiers les plus sensibles de l'agenda mondial.Quatre catalyseurs d'une révolution stratégiqueCette mue diplomatique s'explique par quatre facteurs : le traumatisme des printemps arabes, le pivot américain vers l'Asie, les impératifs de la transition énergétique et l'émergence d'une nouvelle génération de dirigeants ambitieux incarnée par Mohammed Ben Salmane ou l'émir Tamim.Ces pays ont transformé leurs ressources financières en leviers d'influence diplomatique, s'imposant comme médiateurs sur des crises aussi diverses que le conflit en Ukraine, les tensions au Soudan ou les négociations avec les talibans. Cette diplomatie de médiation leur permet de diversifier leurs partenariats stratégiques avec Washington, Pékin et Moscou.Entre ambitions mondiales et fragilités régionalesCette ascension reste néanmoins fragile. Les rivalités géoéconomiques internes, notamment entre Riyad et Dubaï, complexifient l'émergence d'un front uni. La résurgence des conflits au Proche-Orient, particulièrement la guerre à Gaza et l'instabilité au Yémen, menace la stabilité régionale dont dépendent les ambitieux programmes de transformation économique comme la Vision 2030 saoudienne.Le dilemme sécuritaire demeure entier : comment gérer la menace iranienne dans un contexte d'imprévisibilité américaine, sans pouvoir compter sur une alternative chinoise crédible ? La guerre à Gaza a mis en lumière les limites de la stratégie de normalisation avec Israël, suspendant des rapprochements qui semblaient inéluctables.Cet épisode offre une plongée passionnante dans les nouvelles dynamiques qui redessinent le Moyen-Orient et questionnent l'avenir de son ordre régional.Suivez l'Ifri sur http://www.ifri.org et sur les réseaux sociaux : • Podcast "Le monde selon l'Ifri" : https://www.ifri.org/fr/podcast-monde-selon-lifri• X : http://twitter.com/IFRI_• LinkedIn : http://www.linkedin.com/company/ifri• SoundCloud : https://soundcloud.com/ifri• Instagram : https://www.instagram.com/ifri_paris• Facebook : http://www.facebook.com/Ifri.ParisHébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.