La température de surface de la Méditerranée frôle par endroits les 30°C, ce qui menace la biodiversité. Les posidonies souffrent de la chaleur, alors qu'elles ont un rôle écologique majeur, notamment dans la lutte contre le changement climatique.
Une nouvelle vague de canicules frappe l’Europe et une partie de ses habitants. Mais il y a aussi des canicules en mer, et comme sur terre, elles se répètent de plus en plus. Actuellement, on frôle les 30°C à la surface de la Méditerranée autour de la Sicile et de la Tunisie notamment. Et partout les anomalies de température dépassent les 4 ou 5°C. Ce qui a un impact sur toute la biodiversité et notamment les herbiers marins. La posidonie, une plante méditerranéenne endémique, forme des prairies sous-marines, près des côtes. Les posidonies sont souvent confondues avec des algues, alors qu’elles sont des plantes à fleurs – oui on peut fleurir même sous l’eau, non il n’y a pas d’abeilles et ce sont les courants qui transportent le pollen.
Blanchiment et mortalitéLes effets des canicules marines à répétition se font chaque été sentir davantage. « Il n'y a quasiment pas une seule plongée où on ne constate pas les conséquences du changement climatique qui est en cours : des phénomènes de blanchiment des feuilles de posidonies, la mortalité d'herbiers. On peut aussi observer des invasions biologiques, d'espèces venues de mer Rouge, comme le poisson lapin qui peut surpâturer la végétation, les algues et la posidonie », témoigne Patrick Astruch, docteur en écologie marine au GIS Posidonie, le Groupement d'Intérêt Scientifique pour l'environnement marin, situé à Marseille.
À lire aussiClimat: les océans mondiaux ont battu leur record de chaleur pour un mois de juin
Carrefour écologiqueSi les posidonies disparaissaient, ce serait un problème. Malgré leur toute petite taille à l’échelle mondiale (seulement 0,15% des fonds marins), les herbiers marins jouent plusieurs rôles majeurs. « La posidonie est un véritable carrefour écologique en Méditerranée. Jusqu'à 25 % des espèces marines, à un moment donné de leur cycle de vie, fréquentent l'herbier de posidonies. Elles jouent un rôle d'abri, de zones de nurserie et de reproduction, de ressource en nourriture pour tout un tas d'espèces », détaille Patrick Astruch.
Championne du monde des puits de carboneLe rôle écologique des posidonies ne s’arrête pas là puisqu’elles permettent aussi de lutter contre le changement climatique. La posidonie est un puits de carbone souvent insoupçonné. « Elle a une capacité de séquestration du carbone cinq à sept fois plus importante qu'une forêt tempérée, par exemple une forêt de chênes, relève Patrick Astruch. Elle a la capacité d'édifier ce qu'on appelle une matte, tout un lacis de rhizomes et de racines sur des mètres d'épaisseur accumulés au fil des siècles. Cette matte est quasiment imputrescible à l'échelle de quelques millénaires et elle correspond à cette séquestration de carbone qui justifie le statut quasiment de championne du monde de séquestration de carbone. »
À lire aussiBiobanques marines, quand la science permet de «suspendre le temps» pour un océan sous pression
Ancres destructricesOutre les canicules, d’autres menaces pèsent sur les herbiers marins. Dans le monde, en un peu plus d’un siècle, on a perdu 30 % des surfaces d’herbiers marins. La faute à l’urbanisation des côtes, la construction de ports, de jetées… Et puis il y a l’ancre des bateaux, à tel point qu’on a interdit en France aux bateaux de plus de 24 mètres de jeter l’ancre sur les aires de posidonies. « L’action d'une ancre d'un bateau de cette taille peut avoir instantanément des conséquences directes sur l'herbier avec la création de sillons avec l'ancre, avec les chaînes qui vont draguer aussi tout le fond. Il avait ainsi été observé des régressions de plusieurs centaines d'hectares en quelques années », souligne Patrick Astruch du GIS Posidonies. La perte d'un herbier marin, c'est presque invisible, évidemment beaucoup moins spectaculaire qu'un feu de forêt, mais c'est tout aussi dramatique.